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Point de vue

Pour construire ou rénover un bâtiment, la décision financière des choix architecturaux et techniques s'appuie le plus souvent sur le coût d'investissement minimal. Cette logique propre aux investisseurs masque les coûts futurs : entretien, maintenance, exploitation (eau, énergie,...). Sont également occultées les questions liées à l'environnement, la santé et le confort des occupants. Certains prônent depuis longtemps la notion de « coût global » pour ajouter aux dépenses immédiates pour les travaux, a minima ceux à venir pour les consommations d'énergie. Est-ce pertinent d'utiliser un tel critère pour choisir la « bonne » solution ?

Les matériaux d'isolation thermique sont depuis 35 ans des incontournables de la construction et de la réhabilitation des bâtiments.Il n'est pas concevable de réaliser des travaux sans adjoindre ces matériaux à la toiture, aux murs et au plancher bas. L'isolation réduit les consommations d'énergie de chauffage, donc les factures, mais, également, améliore le confort thermique en rapprochant la température des surfaces de parois de celle de l'air ambiant intérieur. Depuis une dizaine d'années, des produits « naturels » sont venus concurrencer les laines (de verre, de roche), les plastiques alvéolaires (polystyrène, polyuréthane). Faut-il préférer ces isolants « écologiques » ou « biosourcés » aux produits traditionnels ?
En construction, faut-il abandonner la technique très française de l'isolation thermique rapportée par l'intérieur à cause des ponts thermiques qu'elle engendre ? Est-elle incompatible avec les objectifs du Grenelle dont la très prochaine RT 2010-2012 est le fruit ? Le seul salut consiste-t-il à faire comme la plupart de nos voisins européens : rapporter l'isolation par l'extérieur ? Ces questions sont un peu anxiogènes du côté des architectes et des entreprises de construction. Car s'il fallait répondre « oui » à chacune de ces interrogations, les habitudes seraient largement entamées.
Depuis la réglementation thermique RT 2000 applicable aux constructions, les exigences portent non seulement sur les prescriptions du bâti - isolation, vitrages, ponts thermiques - et des équipements - chauffage, ventilation, froid, éclairage - mais également sur leur mise en œuvre. La réglementation RT 2005 et celle à venir, la RT 2010, continuent à intégrer cette question par la possibilité de justifier a postériori, par mesure in situ ou par une démarche qualité, la perméabilité à l'air de l'enveloppe du bâtiment, un des critères les plus significatifs d'une bonne ou d'une mauvaise mise en œuvre concernant le bâti. Une démarche identique concerne les réseaux aérauliques. Cependant, la mesure de perméabilité n'est encore qu'une activité émergeante.
Les futures constructions et rénovations qui répondront aux objectifs du Grenelle devront s'attacher à traiter prioritairement le poste de l'eau chaude sanitaire, longtemps considéré comme secondaire.

L'isolation thermique des murs, toitures, sols, l'emploi de double-vitrage, la maîtrise du renouvellement d'air au moyen de la ventilation mécanique, sont depuis une trentaine d'années des moyens banalement utilisés en construction et largement appliqués en rénovation pour réduire les consommations de chauffage des logements. A force de réduire les besoins de chauffage, ceux concernant la production d'eau chaude sanitaire (ECS) sont devenus souvent prépondérants.

 

Depuis la prise de conscience sur le changement climatique dans les années 90, les économies d'énergie se sont essentiellement réduites à la diminution des consommations de chauffage. Depuis la RT 2000, la prise en compte d'autres postes de consommation d'énergie comme celles liées à l'eau chaude sanitaire (ECS), les auxiliaires (pompes, ventilateurs) et surtout l'éclairage s'est progressivement introduite dans l'acte de construire.
L'énergie devient un sujet obsédant. Non pas qu'il s'agit du seul sujet à débattre pour parler  du changement climatique, des questions environnementales et de développement durable, mais parce que, comme l'eau potable, l'énergie deviendra une denrée rare. A partir de ce constat évident, les conséquences géopolitiques seront encore plus difficilement commensurables.
Comment concevoir des bâtiments de plus en plus vertueux d'un point de vue environnemental, de plus en plus économes en énergie, tout en préservant la qualité des ambiances intérieures ? Comment faire en sorte que ces projets soient les plus grands et les plus beaux possibles, sans surcoûts, voire moins chers.... ? Finalement, c'est la demande qui est implicitement adressée à la maîtrise d'œuvre pour généraliser les bâtiments basse consommation, à partir de 2011 en secteurs non résidentiels, et 2013 en logements.
La loi du 13 juillet 2005, appelée loi « POPE » (programme fixant les orientations de la politique énergétique) a donné le coup d'envoi d'un renouveau du paysage réglementaire sur l'énergétique des bâtiments. Il y était notamment annoncé un renforcement tous les 5 ans des réglementations thermiques des constructions pour viser la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre en 2050. Le Grenelle de l'Environnement est venu rappeler cette démarche en invitant à une nécessaire accélération de l'évolution des exigences réglementaires. La RT 2010-2012 annoncée en est le résultat.
Diagnostic de performance énergétique (DPE), pré-diagnostic et diagnostic thermiques, audit énergétique, étude de faisabilité d'approvisionnement énergétique, réglementation thermique...autant de missions dans un marché porteur qui mélange les offres de service pour ceux qui souhaitent améliorer la qualité de leurs biens immobiliers et réaliser des économies d'énergie. Une clarification ne semble pas inutile.
Le Grenelle de l'Environnement annonce que la RT 2005 (Réglementation thermique), entrée en vigueur depuis septembre 2006, est déjà obsolète. Dans 18 mois, tout bâtiment public ou tertiaire devra être construit a minima selon le label BBC (Bâtiment Basse Consommation), lui-même à peine sorti de sa coquille en mai 2007. Comment ce futur très proche est-il envisageable ? Les interrogations des acteurs de la construction sont légitimes. Les réponses ne sont pas simples à formuler, la RT 2010 étant encore en préparation...

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