

D'ores et déjà, beaucoup de maîtres d'ouvrage et de maître d'œuvre décident, conçoivent et font construire des bâtiments répondant au label BBC-Effinergie, prémisse de la future réglementation RT 2010-2012.
Ces bâtiments seront presque tous fortement isolés pour réduire drastiquement les consommations de chauffage et certains d'entre eux bénéficieront d'apports internes très importants. A tel point que la question du confort durant l'été et même en mi-saison devient une des principales questions à résoudre. Comment rendre confortable toute l'année ces constructions très économes durant l'hiver ? Et ce, sans recourir systématiquement à la climatisation ? Les réponses émanent autant des maîtres d'ouvrage que des maîtres d'œuvre.
DE LA REDUCTION DU CHAUFFAGE... AUX BATIMENTS "PASSIFS"
Isoler thermiquement un bâtiment est devenu un réflexe. Les réglementations thermiques successives ont renforcé les exigences en la matière. Jusqu'au label « PassivHaus » allemand qui a inspiré les investigateurs du Grenelle citant le sigle « BEPAS », allusion probable à des bâtiments n'ayant pratiquement plus de besoins de chauffage.
En traquant toutes les déperditions thermiques, certains bâtiments à apports internes importants (exemple : les occupants + la bureautique + l'éclairage dans les bureaux) ne sont chauffés que les jours les plus froids. Le reste de l'hiver, ces apports deviennent supérieurs aux déperditions. Il faut non seulement couper le chauffage, mais évacuer les surchauffes, voire climatiser.
Certains concepteurs proposent des maisons sans système de chauffage, principalement dans les pays du nord de l'Europe ! Ce qui peut sembler très vertueux a priori doit néanmoins nous rappeler qu'un des objectifs à atteindre est de livrer des bâtiments confortables toute l'année.
Il serait paradoxal de poursuivre l'idée de réduire à rien le chauffage en obligeant à climatiser l'été.
Toute la difficulté est là : comment concevoir un bâtiment vertueux en permanence ? Et un bâtiment est-il à lui seul vertueux ? Ou faut-il intégrer dans les économies espérées, le comportement et les attentes des usagers ?
LA CLIMATISATION BANALISEE DANS CERTAINS SECTEURS
Un retour sur les années 1970-1980 montre que la climatisation représentait un faible marché. Le refroidissement dans les locaux de travail était considéré comme un luxe ou comme une gêne. En 2010, il est extrêmement difficile de vendre ou de louer 1m² de bureau sans la « clim ». Les commerces, le secteur « santé », l'hôtellerie sont très souvent équipés. Et peut-être à terme, le logement, si la conception consiste à créer sans précaution des « cocotte-minute » vertueuses....l'hiver.
Il ne s'agit pas ici de diaboliser la climatisation. Elle est pour certains bâtiments dans certains lieux et climats, indispensable ou très souhaitable. Cependant, le climat français n'engendre pas une telle nécessité dans beaucoup de cas. En particulier dans le secteur résidentiel, de très loin le plus gros consommateur d'énergie (82%) et le plus émetteur de gaz à effet de serre (78%) de tous les secteurs bâtiment. Aussi, il est prioritaire d'éviter de banaliser la climatisation dans les logements. Il est également utile d'éviter, si possible, le recours au refroidissement dans certains secteurs tertiaires (enseignement, santé, bureaux, hôtels,...).
La climatisation, c'est d'abord un investissement important ; c'est ensuite des consommations d'énergie supplémentaires, des précautions à prendre concernant le confinement et le traitement des fluides frigorigènes les plus utilisés actuellement dont les capacités d'effet de serre sont de 1000 à 3000 fois plus élevées que le CO2, c'est enfin et surtout les conséquences de la banalisation, en particulier, celle du risque d'augmenter la fréquence des pointes de demandes d'électricité en été qui engendrent une production très carbonée (moins de nucléaire et d'hydroélectricité à cette période).
COMMENT ABORDER LE CONFORT D'ETE ?
Le maître d'ouvrage doit décider si le confort d'été sera ou non l'objet d'une climatisation. Deux facteurs principaux le guideront dans la rédaction du programme d'un projet : les usagers accepteront-ils une certaine variation de température dans les locaux et l'apparition de surchauffes ponctuelles durant un nombre d'heures acceptable ? Cette acceptation est-elle réaliste au regard du type de bâtiment et de sa situation ?
Le maître d'ouvrage a intérêt à solliciter un assistant à maîtrise d'ouvrage pour définir des exigences réalistes.
La maîtrise d'œuvre aura à trouver les solutions architecturales et techniques pour répondre aux exigences, en évitant au maximum la climatisation.
L'architecte et le thermicien disposent de moyens de conception tels que la simulation dynamique pour le confort hygrothermique, des outils dédiés à l'éclairage naturel, aux apports solaires... Ils disposent également d'une offre industrielle dont le développement s'est accéléré depuis une dizaine d'année, notamment en matière de vitrages, d'occultations, d'automatismes.
Gageons que ce contexte évolutif amènera décideurs et concepteurs à maîtriser conformément aux objectifs du Grenelle l'interaction confort/économie d'énergie.
Accès rapide
Retrouvez toutes les infos
utiles en un clic :